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BALKANS : LA VOIE ROYALE



Armoiries de Siméon II de Saxe-Cobourg-Gotha (1937-)
Armoiries de Siméon II de Saxe-Cobourg-Gotha (1937-)
Un roi peut-il cumuler l’emploi de premier ministre à celui de monarque? L’énigme devrait s’éclaircir en ce début juillet en Bulgarie où les électeurs viennent de rappeler par les urnes leur ancien souverain, le roi Siméon II, vainqueur des élections législatives le 17 juin dernier à la tête du Mouvement National qui porte son nom. La surprise est de taille dans un pays où il a tout juste douze ans on élisait des « tsars rouges » par 90% des voix. Les héritiers de la nomenclatura, convertis à la va vite en libéraux, centristes, chrétiens démocrates, ont finalement déroulé le tapis rouge devant celui qui porte avec une royale dignité l’aura du martyre chassé de son trône par les communistes. Leurs manières de nouveaux notables venus « décréter » la démocratie n’ont fait illusion que devant la Banque Mondiale et l’Union européenne. Sur place, en dix ans à peine de transitions gauche-droite, les Bulgares ont vite perçu sous le léger vernis de prétendues réformes, la vraie couleur des méthodes totalitaires d’antan. Quitte à être de simples sujets, ils ont finalement préféré être ceux d’un vrai roi.
Revenu tel Don Quichotte, après cinquante ans d’exil madrilène, Siméon II a du coup permis à la Bulgarie de faire un pas de géant vers son passé, quand au siècle dernier, déchirée par les Grandes Puissances qui se disputaient le dépeçage de l’Empire Ottoman, l’Assemblée nationale décida de se doter d’un roi importé, de la dynastie des Saxe-Cobourg. Otages de la même tourmente, les voisins balkaniques en avaient fait de même. Un parent du roi de Prusse, le prince Charles de Hohenzollern, était ainsi devenu le premier souverain de la principauté de Roumanie en 1866. Quant aux Grecs, ils avaient choisi Georges de Danemark en 1863, avec la bénédiction de la Grande Bretagne. En Albanie, à l’issue des guerres balkaniques en 1913, les Occidentaux avaient créé « une principauté souveraine héréditaire et neutre sous la garantie des grandes puissances » avec un souverain là encore d’importation, le capitaine prussien Wilhem von Wied. L’aventure ne résista que six mois à l’irrédentisme local et finalement c’est un chef de tribu, Ahmed Bey Zogoli, qui s’autoproclama roi en 1928 sous le nom de Zog Ier. Seuls les Yougoslaves avaient réussi à garder une relative indépendance en piochant dans la noblesse locale la dynastie des Karageorgévitch.
Chassés lors de la seconde guerre mondiale de leurs royaumes éphémères, les descendant des dynasties balkaniques avaient tous trouvé refuge chez leurs cousins de l’aristocratie européenne, qui à Londres, qui à Paris, en Suisse ou à Madrid. Un temps oubliés, relégués aux pages glacées des magazines de la presse mondaine, ils n’ont tenté que quelques apparitions timides depuis la chute du mur de Berlin. Partisans pour la plupart de la restauration monarchique, leur action se bornait ces dix dernières années à de simples déclarations d’intentions, doublées de démarches assidues pour recouvrer leurs citoyennetés et par conséquent, leurs biens et châteaux. Seul Siméon II, doté de la légendaire « ruse des Saxe-Cobourg » était resté patiemment en retrait, attendant son heure. Aux questions pressantes concernant son retour sur le trône bulgare, dont il n’a jamais abdiqué, le monarque bulgare opposait une réponse sibylline, en affirmant que « seul le peuple » était le véritable souverain légitime du pays. C’est donc par la volonté populaire qu’il a finalement réussi un retour triomphant qui fait pâlir d’envie les rois déchus de la péninsule. « Siméon a allumé une grande torche dans les Balkans. Sa lumière diffuse son aura bien au-delà des frontières de la Bulgarie. Il a ouvert une nouvelle voie.. »- s’enthousiasme Alexandre de Yougoslavie, exilé à Paris et cousin de l’héritier du trône Yougoslave. Une voie royale qui visiblement fait des émules. En Roumanie, le roi Mihaï, qui s’était fait prier dès 1993 pour prendre part à la vie politique du pays, a finalement oublié son intransigeance monarchique pour opérer en mai dernier un rapprochement inattendu avec le président néo-communiste Ion Illiescu. Il annonçait dans la foulée son retour définitif et signait le 8 juin dernier un document historique sous le nom de « Triple Alliance » avec le président et le patriarche roumain Teoctist. Moins patient, le roi Léka d’Albanie avait précipité en 1997 la tenue d’un référendum pour la restauration de la monarchie, qui s’est soldé par un échec cuisant pour le bouillonnant descendant du roi Zog. Condamné par un tribunal albanais, il est aujourd’hui recherché pour trafic d’armes, laissant aux républicains le soin d’organiser sans lui les prochaines élections législatives. Le plus malheureux dans l’affaire semble être finalement le très légitime héritier de la couronne hellénique, Constantin de Grèce, qui n’a toujours pas reçu l’autorisation de fouler le sol du « berceau de la démocratie » et encore moins celui de récupérer ses biens. Le 4 juin, Athènes a définitivement rejeté ses demandes, faisant la sourde oreille à sa condamnation par la cour internationale des Droits de l’Homme à Strasbourg, qui avait tranché en faveur de Constantin. « Ces prétentions appartiennent au passé » - a décrété le porte-parole du gouvernement grec, qui n’a pas le moins du monde l’intention de dédommager le souverain déchu pour ses biens confisqués, dont deux palais, 19 000 hectares de terres près d’Athènes et l’île de Corfou. Un pactole estimé à quelques 450 millions de dollars! Des tractations somme toutes fort éloignées de la question cuisante de la restauration des régimes monarchiques, qui agite désormais le reste des Balkans. Là-bas, la misère et les conflits ont fait le lie des rois-messies, aux nez et à la barbe des Grandes Démocraties occidentales, sommées de payer la facture de plus d’un siècle d’ingérence.
Vendredi 28 Mars 2003
Roumiana Ougartchinska


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