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BULGARIE : SA MAJESTE L'ELECTEUR INCLINE VERS LA GAUCHE

Arrivé en tête au premier tour le candidat socialiste part favori du second tour des élections présidentielles de ce dimanche.



Journal L'Humanité 16 novembre 2001

Un roi au poste de premier ministre et un président issu du Parti socialiste (ex-Parti communiste bulgare). Aussi saugrenue que puisse paraître cette nouvelle variante de " cohabitation politique ", c'est pourtant bien le choix vers lequel s'orientent les électeurs bulgares à la veille du second tour de scrutin pour l'élection présidentielle, dimanche 18 novembre. C'est en effet le candidat de la gauche, la Coalition pour la Bulgarie, Gueorgui Parvanov (36,3 % des suffrages), qui est arrivé en tête du premier tour dimanche dernier aussi étonnant que confus, face au candidat sortant de droite, Petar Stoyanov (34,9 %), qui briguait un second mandat, cette fois " en tant que candidat indépendant ". Pourtant les instituts de sondage et les observateurs internationaux lui promettaient une réélection " dans un fauteuil ", alors qu'il avait reçu le soutien du Mouvement national Siméon II, le parti de l'ex-roi bulgare, qui a remporté haut la main les élections législatives en juin dernier. C'était sans compter avec l'avis de ce qu'on appelle désormais en Bulgarie " Sa Majesté l'électeur " qui a infligé pour la deuxième fois cette année un cinglant camouflet à la classe politique locale, embourbée dans des négociations de couloirs et de scandaleuses affaires de corruption. D'abord par la participation. Selon les résultats définitifs proclamés le 14 novembre, à peine 42 % des électeurs ont pris part au vote. Une abstention record et une première : jamais la participation n'avait baissé sous le seuil symbolique des 50 % depuis le changement de régime en 1989. Dimanche dernier sur 6 831 602 électeurs, seulement 2 680 070 avaient trouvé le chemin des urnes, la majorité préférant commenter la misère et les déceptions de la transition, à l'abri des tavernes, autour d'un verre de slivova, une eau de vie corsée dont les Bulgares usent et abusent pour oublier les soucis du quotidien.


Vote sanction contre le système politique

Le message semble clair. Après les promesses faites par le souverain-premier ministre, qui s'est engagé à relever le niveau de vie et à éradiquer la corruption en huit cents jours, les Bulgares, qui ont vu lors des premiers cent jours de pouvoir du nouveau gouvernement une substantielle augmentation de leurs impôts et notes d'électricité, ne croient plus aux miracles. En sanctionnant le gouvernement conservateur de l'Union des forces démocratiques en juin dernier, ils avaient nettement exprimé leur rejet des promesses lénifiantes et des manouvres politiciennes, en refusant de payer la facture d'une transition libérale qui a engendré une paupérisation galopante. La candidature dite " indépendante " du président Stoyanov n'a donc pas fait illusion. L'absence de candidat de la toute nouvelle formation du MNS II a par ailleurs largement contribué à brouiller les cartes du jeu électoral. De fait, selon le politologue Antoni Todorov, le premier tour des élections présidentielles du 11 novembre dernier " n'est qu'une projection de ce qu'auraient pu être les élections législatives, sans l'intervention de l'ex-roi Siméon. C'est une sorte de vote sanction contre le système politique ". En attendant, deux des six candidats qui étaient en lice, le nationaliste Georges Gantchev (3,3 % des voix) et le scientifique Petar Beron (1,1 %) ont déjà appelé à voter au second tour pour le candidat de la gauche. Quant au très populaire ancien ministre de l'Intérieur, Bogomil Bonev, qui a remporté 19,2 % des suffrages, il a donné comme consigne à ses troupes de voter " selon leur conscience, pour le moins corrompu des candidats ". Un clin d'oil sans équivoque, à la campagne électorale, durant laquelle Bonev et le président sortant s'étaient livrés une bataille féroce à coups de documents secrets, en s'accusant mutuellement de trafic d'influence.

Roumiana Vincenti

Mercredi 23 Avril 2003
Roumiana


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