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Comment rendre un pays francophobe



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La francophonie ne fait plus recette, même chez les Balkaniques. Ainsi en Bulgarie, l’un des premiers Etats de l’Est à avoir rejoint le groupe des pays francophones en 1993, c’est aujourd’hui plutôt la francophobie qui sévit. Les raisons n’ont, il est vrai, rien à voir avec l’attachement de ce peuple pour la langue de Molière. Tortures consulaires et gaffes diplomatiques ont fini par user les dernières des bonnes volontés, amies de la France. Le sommet de cette animosité grandissante était atteint à Sofia cet été, dans l’ambassade de France, alors que Mlle Nathalie Colombel, employée consulaire et chef du service des visas, virait des locaux à coup de pieds bien placés Mme Ivélina Nikolova, citoyenne bulgare, qui avait eu l’audace de demander son visa pour partir en France. Selon « 24heures » l’un des grands quotidiens de la capitale, il ne s’agirait là que de l’une des très nombreuses victimes des humeurs imprévisibles de la dite demoiselle, qui depuis des mois fait trembler les candidats au voyage vers la douce France.
Quant à l’ambassadeur, en poste depuis mai dernier, il était au moment de l’incident en train de donner un concert au bord de la mer Noire, car le fin diplomate et aussi un violoniste de talent.
Pourtant à la veille de son départ pour les Balkans, ses anciens collègues ambassadeurs l’avaient prévenu du « cas Colombel » et des nombreuses plaintes que le comportement acariâtre de la jeune quinquagénaire avaient suscité. Un cas qui n’arrangeait certes pas les relations franco-bulgares, quelques peu tendues depuis les tonitruantes déclarations du précédent ambassadeur de France, Marcel Trémo. Il avait, entre autres, reproché aux Bulgares de ne pas se réjouir suffisamment, « pour un pays francophone », de la victoire des Bleus au Mondial.
Sachant la situation délicate, le quai d’Orsay ne pouvait-il pas au moins épargner aux Bulgares la présence de Nathalie Colombel. « Pas si facile » commente un ancien ambassadeur qui se souvient avoir attendu 17 mois la révocation du cuisinier attaché à l’ambassade de France à Sofia. Médiocre dans l’art culinaire, il s’était révélé être un fieffé menteur et escroc. En attendant son retour en France, il avait vécu au frais du contribuable français, avec un salaire mensuel de 14 000 francs, dans un pays où les salaires les plus confortables dépassent rarement mille francs.
Dans ce contexte on comprend qu’il soit difficile pour les Bulgares d’admettre l’attente interminable et les tourments administratifs auxquels ils doivent se soumettre pour accéder à un pays de la zone Shengen. Ainsi Christo Boytchev, un auteur bulgare qui vient de faire un triomphe à Avignon, a dû se rendre au service consulaire non moins de cinq fois pour obtenir son visa, alors qu’il comptait parmi les invités officiels du festival international de théâtre.
Les étudiants admis dans les établissements français ne sont pas mieux lotis. Pour obtenir le titre de séjours rêvé ils doivent produire la preuve qu’ils disposent d’un dépôt de soixante mille francs sur un compte en banque en France. La coquette somme représente environ dix ans d’un salaire moyen bulgare et ne peut être déposée dans un pays où on ne peut se rendre…faute de visa. « C’est du domaine de la « Métamorphose » de Kafka », explique Stéphane, étudiant à Lille qui a bataillé des mois durant avec la «bureaucratie à la française ». Quant aux hommes d’affaires, ils ne veulent plus entendre parler de l’hexagone. Selon l’un d’entre eux les mesures draconiennes qui sont censées arrêter les escrocs et trafiquants, ne font que pénaliser les relations commerciales normales. Il est vrai que par exemple Ivo Nédialkov, connu en Bulgarie comme le « pharaon » pour avoir monté une pyramide financière qui en s’écroulant avait siphonné les économies de quelque 8 000 cotisants naïfs, avait obtenu en 1997 un très officiel titre de séjour et de travail en France. Il était à ce moment-là recherché depuis plusieurs mois par Interpol. Extradé de France en 1998, il doit être jugé en octobre pour escroqueries graves portant sur une somme d’environ dix millions de dollars.
Mieux encore, en 1997 la brigade de répression du proxénétisme avait interpellé à Paris cinq maquereaux bulgares qui vendaient sur les boulevards les charmes de quelques beautés slaves. Ils avaient obtenu le droit de résidence grâce à l’aide de l’association « France - Terre d’asile », qui très honnêtement n’y avait vu que du feu. Des faits divers passés inaperçus en France, mais largement connus et commentés par les Bulgares qui ont franchement l’impression que certaines institutions françaises se paient leurs têtes et les traitent « comme des aborigènes ». Moralité, le Président bulgare a boudé le sommet de la Francophonie début septembre et les candidatures des entreprises françaises au grand marché de la privatisation bulgare, sont examinées avec la plus mauvaise grâce.
On a beau être né au pays des yogourts, on n’en est pas moins épris de dignité.

Roumiana Ougartchinska

Mercredi 2 Avril 2003
Roumiana Ougartchinska


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