RESEAU D'INFORMATION EST-OUEST


De l'autre coté de l'Europe



L’Histoire parfois nous donne des drôles de leçons. A condition d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Or donc, il y a 795 ans, en avril de l’an 1204, la quatrième croisade, qui avait pour but de libérer les lieux saints, arrive devant les portes de Constantinople. Détournée par les Vénitiens pour de purs intérêts économiques et financiers, elle oppose des chrétiens aux chrétiens. Ceux d’Occident contre ceux de l’Orient. La ville est pillé et saccagée avec la pire sauvagerie. Un chroniqueur byzantin écrit : « Les sarrazins eux-mêmes sont bons et compatissants en comparaison de ces gens qui portent la croix du Christ sur l’épaule . » Telle fut l’un des épisodes de la « guerre juste », qui fit des milliers de victimes innocentes et laissa un bien mauvais souvenir dans les Balkans. Depuis, à chaque conflit Est-Ouest, les Balkans paient leur tribut. L’espoir avait pourtant réussi à renaître après la chute du mur de Berlin. En faisant tomber « le mur de la honte », les peuples des Balkans s’étaient pris à rêver de l’Europe sans frontière, revendiquant au même titre que français, allemands ou anglais, leur appartenance une même civilisation. En Bulgarie, Roumanie, Macédoine et même en Yougoslavie, pas un parti politique, de droite comme de gauche, n’a élaboré son programme autrement qu’en soulignant l’aspiration de leurs pays à adhérer à l’Union européenne. La Grèce a réussi son examen de passage en 1991, mais pour les autres pays, l’intégration européenne s’est transformée en chemin de croix, surveillé de près par le FMI et ses recommandations intransigeantes. Ainsi, au lieu de construire la démocratie et l’économie de marché, les efforts des balkaniques sont allés aux remboursements des intérêts de leurs dettes extérieures : 10 milliards de dollars pour la Bulgarie, 8 milliards pour la Roumanie et 1,5 milliards pour la petite Macédoine. Aux appels pressants des gouvernements successifs depuis 1990 pour attirer des investissements européens, Bruxelles a opposé la méfiance et un hypothétique calendrier «d’élargissement européen », dont les échéances sont tout aussi supposées que la volonté de la Grande Europe de se pencher sur le sort de ses voisins de palier. Aujourd’hui les économies de ces pays vivent les périodes les plus noires. La misère semble devenir endémique. Le taux de chômage en Macédoine atteint 50% et en Bulgarie plus de 80% des personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. La main tendue vers l’Europe n’a pas eu de réponse et en avril les investissements européens se sont traduits en aide humanitaire aux réfugiés et quelques centaines de Tomahawks. Les pays autochtones avaient pourtant fait beaucoup d’efforts pour prouver leur mérite à « l’intégration européenne ». Ils avaient même réussi à oublier les vieilles querelles de voisinage à propos de langue macédonienne ou du nom de Macédoine. La guerre a tissé un solide cordon sanitaire autour de la péninsule. Les rares candidats à l’investissement s’en sont allés vers des contrées plus paisibles. La paralysie du transport fluvial sur le Danube se chiffre en millions de dollars de pertes pour la Roumanie et la Bulgarie. Quant à la Macédoine, les pertes indues par le conflit et le flot de réfugiés s’élèvent à plus de 1,6 milliards de dollars. La péninsule est en passe de devenir une île perdue. Mais cette fois, c’est l’Europe elle-même qui prend part à cette nouvelle dérive des continents.

Roumiana Vincenti

Lundi 28 Mars 2005