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FYROM : L’OMBRE DE BEN LADEN PLANE SUR LES TALIBAN DES BALKANS

L’homme le plus recherché du monde a ses quartiers en Bosnie et en Albanie. L’UCK, la guérilla albanophone, est-elle manipulée ou consentante ?

France Soir, 20 septembre 2001



FYROM : L’OMBRE DE BEN LADEN PLANE SUR LES TALIBAN DES BALKANS
« L’Albanie n’est plus le refuge des extrémistes islamistes » s’est empressé de déclarer au lendemain de l’attaque sur le World Trade Center, le chef de la police de Tirana, Bilbil Mema. Pourtant dès le 14 septembre, les services américains exigeaient des autorités albanaises une liste complète des éléments terroristes islamistes présents sur le territoire du pays. Un peu partout dans la région, de Skopje à Tirana en passant par Pristina, on relève depuis une semaine un certain affolement dans la collecte d’information concernant les réseaux islamistes. Pour le ministre de l’intérieur serbe Dusan Mihailovic, la présence des réseaux d’Oussama ben Laden dans les Balkans ne fait aucun doute. « L’organisation de ben Laden a deux bases en Bosnie-Herzégovine, deux au Kosovo et elle est présente en Albanie » a-t-il déclaré mercredi à l’agence yougoslave Beta. Même position du côté du gouvernement macédonien où on signale que leurs services de renseignements avaient transmis dès 1998 des informations concernants la présence d’activistes fondamentalistes dans la région aux autorités américaines « qui n’avaient pas pris ces signaux au sérieux ». Lundi le quotidien macédonien « Dnevnik » affirmait que l’un des kamikazes de l’attentat du 11 septembre avait même séjourné dans la région albanophone de la FYROM.

Muhamet Dzemaili
Muhamet Dzemaili
Inquiets, les représentants de l’Otan dans la région, ainsi que le ministère de l’intérieur albanais, ont démenti détenir les preuves d’une quelconque présence de disciples de ben Laden, tout en lançant leurs limiers sur la trace de plusieurs organisations humanitaires apparues lors des frappes de l’Otan sur le Kosovo en 1999 et dont l’activité et l’origine des fonds demeure tout à faits obscurs. Ainsi à Skopje, on s’intéresse ces jours-ci de très près aux activité de El Hilal et de Yeta, sortes de « croix rouges » locales essentiellement musulmanes qui avaient développé leurs activités entre l’Albanie voisine et Tetovo en Macédoine, lors de la grande vague de réfugiés kosovars. Le financement et les ramifications proches des milieux islamistes de l’ANL, la guérilla albanaise en Macédoine sont également passés au crible. On pointe notamment les noms de Sulejman Selimi, dit « le Sultan » l’une des figures emblématiques de l’UCK, ainsi que les noms des commandants Telli et Hodja, sans oublier le clan Dzemaili, proche des milieux saoudiens et chargés de l’entraînement des guérilleros. Les Macédoniens affirment détenir des enregistrements vidéo où ces chefs de guerre sont identifiés en présence de mujahidin, enrôlés aux côtés des combattants albanophones. « L’identification de ces éléments n’est pas pour l’instant une preuve suffisante », a modulé le Premier ministre macédonien Ljubco Gueorguievski, tout en promettant une enquête exhaustive. Et pourtant, la présence de Ben Laden et de ses disciples dans cette partie de la péninsule balkanique n’est véritablement un mystère pour personne.

Une tête de pont vers l’Europe

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Dès 1998, le chef du service de sécurité albanais, Fatos Klosi avait établi que le milliardaire saoudien et plus précisément son Front islamique mondial s’était implanté en Albanie dès 1994. A cette époque il se présentait devant les autorités locales comme un riche mécène d’une organisation humanitaire, venu aider le pays frère le plus pauvre d’Europe. En 1998, il dispose sur place d’un véritable réseau terroriste, prêt à servir de tête de pont en direction d’autres pays européens. « Le but des formations de Ben Laden, ne dépasse pas la question albanaise, rassure à l’époque Monsieur Klosi. Il s’agit simplement d’organiser la lutte contre les Serbes au Kosovo ». En novembre 1998, le citoyen français Claude ben Abdel confirme. Agé de 27 et jugé à Tirana pour assassinat, il déclare lors du procès qu’il avait été envoyé en Albanie pour acheter des armes destinées à la résistance kosovar. Le financement qui avait transité par Londres, était assuré par Oussama Ben Laden qui, selon Claude ben Abdel, avait prévu d’envoyer au Kosovo 300 combattants entraînés à sa solde. La même année, en août, deux mois à peine avant les premières menaces de bombardement de l’Otan dans le conflit serbo-kosovar, cheikh Abduhla Abu Al-Faruk, le leader politique du Front islamique mondial et bras droit de ben Laden diffuse un communiqué aux combattants du djihad contre « les croisés » et les juifs, dans lequel ils les appelle à la vigilance pour épargner la vie de ceux qui ne font pas partie des infidèles, « car les soldats de Dieu sont partout » et ont obtenu des grandes victoires en Bosnie, au Kosovo en Tchétchénie et dans d’autres terres de reconquête. Des journalistes du monde entier signalent d’ailleurs régulièrement la présence des « afghans » tout au long du conflit en ex-Yougoslavie. On les voit dans la ville bosniaque de Zenica, mais aussi dans la Drenica kosovar, fief de Sulejman Selimi et en dernier lieu lors de l’assaut en juin dernier de Aracinovo, petite bourgade macédonienne située à une dizaine de kilomètres de la capitale.

Vrais faux passeports albanais

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Mise au parfum depuis longtemps, la CIA avait même mené durant l’été 1998 une opération spéciale dans les environs de Tirana, où elle avait arrêté quatre proches collaborateurs du milliardaire saoudien. On dit que furieux, Ben Laden avait pour se venger fait exploser un mois plus tard les ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salam. De fait selon les experts, l’infiltration des islamistes en Europe avait été largement facilitée par les émeutes albanaises de 1997, provoquées par la chute des pyramides financières. Lors des pillages de casernes et bâtiments administratifs qui s’en étaient suivis, environ 100 000 passeports vierges auraient été dérobés dans les locaux du ministère de l’intérieur albanais. Ils se seraient retrouvés ensuite entre les mains des mouvances fondamentalistes, dont les recrues voyagent aujourd’hui en Europe avec des vrais faux passeports albanais. Or, selon les dernières statistiques des services d’immigration suisses et allemands près de 400 000 albanais transitent en permanence entre cette partie de l’Europe occidentale et l’Albanie et le Kosovo. Des voyages, qui par raison d’économie s’effectuent essentiellement en car. Bondés, remplis à ras bord de balluchons, cartons et valises, dans un méli-mélo indescriptible, ils sont en réalité, impossibles à contrôler.

L’étrange M. Chirouze

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C’est dans la plus grande discrétion que le ministre de la police et de la justice suisse, Ruth Metzier s’était rendu cet été en Macédoine pour une visite de travail. L’objet de ses entretiens avec ses homologues balkaniques portait en fait sur les inquiétants relais de l’Armée nationale de Libération, émanation de l’UCK kosovar, qui vient de faire l’objet d’un rapport détaillé services de police suisses, intitulé « Terrorisme et extrémisme violent ». Le texte daté de juin 2001 examine les sources de financement des groupes extrémistes et constate l’existence des liens étroits dans cette région des Balkans entre l’UCK et les groupes criminels et extrémistes. Le document s’attarde tout particulièrement sur un trafic d’armes en faveur de l’UCK, financé par la « diaspora albanaise » et impliquant un ressortissant français. Jean Paul Chirouze, homme d’affaire d’une cinquantaine d’années, vient en effet de passer six mois à l’ombre des prisons suisses, soupçonné d’avoir fourni à la guérilla des armes antichars en provenance de Bulgarie et d’Ukraine, en échange d’un joli paquet de 19 millions de francs cash. Le rapport reste tout à fait discret sur l’origine de cette somme, qu’on imagine mal provenir du seul « impôt révolutionnaire » collectés par l’UCK auprès des Albanais en exil. Quant à Monsieur Chirouze, il a été libéré contre une caution de 300 000 francs suisses.

Vingt mille combattants dans l’UCK

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On estime que le nombre de combattants de l’armée de libération du Kosovo(UCK) officiellement dissoute fin 1999, par décision du Conseil de sécurité de l’ONU, à environ 20 000 hommes. Aujourd’hui ces rebelles ses retrouvent dans l’ANL, armée de libération nationale et l’ALA, armée de libération albanaise, deux formations qui mènent des combats acharnés depuis le début de l’année, afin d’obtenir une reconnaissance des droits de la minorité albanaise en Macédoine. Selon les informations des services de renseignement serbes, on dénombrait au sein de l’UCK en 1999 mille mercenaires étrangers issus d’Arabie Saoudite, du Yemen, de l’Afghanistan, de Bosnie et de Croatie. Leurs camps d’entraînement seraient situés essentiellement en Albanie, le long de la frontière Nord avec le Kosovo et la Macédoine et notamment à Kukes, Bajram Curi et Tropoja

Roumiana Ougartchinska
Jeudi 2 Juin 2005
Roumiana


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