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Jean Paul II : UN PERIPLE A L'ARRIERE GOUT DE FILIERE BULGARE

Bulgarie : Le pape arrive aujourd'hui dans le pays longtemps soupçonné à tort d'avoir commandité son attentat en 1981.

Liquider les restes de la guerre froide et la " tâche immonde " qui salit toujours le pays, tel est aux yeux de nombreux Bulgares le sens que devrait revêtir une visite officielle qui, pour le pape, semble guidée par une étrange et bien désuète prophétie



Journal l'Humanité 24 mai 2002

Jean Paul II : UN PERIPLE A L'ARRIERE GOUT DE FILIERE BULGARE
Le pape en Bulgarie ! Il n'y a pas si longtemps, quiconque aurait évoqué l'idée même du Saint-Père foulant le sol de la patrie de la " filière bulgare ", le pays soupçonné d'avoir sur ordre de Moscou organisé l'attentat contre le pape le 13 mai 1981, aurait été considéré comme un mauvais plaisantin. C'est pourtant bien une visite officielle de trois jours que Jean-Paul II entame aujourd'hui dans l'épicentre de ce que Reagan appelait, il y a une petite vingtaine d'années, l'Empire du mal. Le sujet n'a que moyennement amusé les Bulgares, diabolisés à souhait par les médias du monde entier. Ils en sont d'ailleurs persuadés : " la filière bulgare ", qui leur a coûté à l'époque la bagatelle de 1 milliard de dollars, a accéléré la déliquescence économique du pays, la chute du régime communiste. Elle avait mis une fin brutale à la détente et à tous les espoirs que les pays socialistes avaient fondés dans l'acte final de la conférence de Helsinki en 1978, visant à améliorer l'échange et le dialogue Est-Ouest. Un vrai serpent de mer qui n'en finit pas d'empoisonner l'existence de ce petit pays balkanique, qui avec une dette extérieure de plus de 10 milliards de dollars et un directoire du FMI, a bien d'autres soucis à gérer. Pas plus tard que le 12 avril dernier, le Times remettait le couvert en affirmant que l'ancien patron des services bulgares et ex-ministre de l'Intérieur, le général Atanas Sémerdjiev, avait détruit en 1990 les archives prouvant le soutien de la Bulgarie au terroriste turc Mehmed Ali Agça, auteur des coups de feu sur la place Saint-Pierre. L'ancien maître espion vient en effet d'être condamné par la justice bulgare à quatre ans et demi de prison pour avoir fait disparaître des dossiers de l'ancienne Darjavana sigurnost, le KGB bulgare. " On n'en finira jamais ", soupirent les éditorialistes de la presse locale, bien plus occupés il est vrai à saluer la visite papale qu'à déterrer la sempiternelle " filière bulgare ".


Liquider les restes de la guerre froide

" Bienvenue ! " s'exclame ainsi à la une le grand quotidien 24 heures en publiant dès lundi une photo pleine page de Jean-Paul II faisant un signe de bénédiction. Pas rancuniers, les Bulgares n'ont pas trop regimbé face aux mesures sévères de sécurité qui les ont forcés à se soumettre aux multiples points de contrôle et même à accepter le régime sec, puisque l'alcool et l'ouverture des restaurants et bars sont prohibés dans la capitale durant le séjour du souverain pontife. Preuve de la bonne humeur doublée d'autodérision, les organisateurs ont précisé que " les sites des cérémonies sont interdits à toute personne munie d'un parapluie, même en cas de pluie ". Clin d'oeil sans équivoque à la fameuse affaire du " parapluie bulgare " lors de l'assassinat à Londres dans les années soixante-dix du dissident bulgare Gueorgui Markov. Dans l'enthousiasme commun, le gouvernement a même débloqué une subvention exceptionnelle pour les festivités de près de 1 million de francs, alors même qu'il éprouve les pires difficultés à combler un déficit budgétaire endémique.

" Le pape vient chez nous pour liquider les restes de la guerre froide, pour effacer la tache immonde qui pèse sur les Bulgares et qui a mis si longtemps tout un peuple sous écrou ", affirme le poète bulgare Stéphane Tzanev. Les autorités, elles, semblent plus mesurées, le président de gauche Gueorgui Parvanov et le premier ministre, ex-roi, Siméon de Saxe Cobourg de Gotha, évoquant " les bienfaits de la visite papale pour l'image du pays " où on ne compte que 80 000 catholiques. Même ton tempéré du côté du Vatican, où l'on mentionne " un pèlerinage de paix et d'unité ". Interrogé par la télévision nationale, le secrétaire d'État, le cardinal Angelo Solano, n'a pourtant pas manqué d'évoquer le rôle historique et politique de Jean-Paul II dans l'histoire récente des pays de l'Est : " Le pape, a-t-il indiqué, a dès le début hissé le drapeau de la liberté, de la dignité des hommes et des nations. " Dès le début de son pontificat et d'autant plus depuis l'attentat. Car Jean-Paul II, inconditionnel de la passion mariale, en est persuadé : s'il a échappé à la mort le 13 mai 1981, c'est bien parce que ce jour-là s'est réalisée la prophétie de la sainte Vierge, apparue dans la bourgade portugaise de Fatima justement un 13 mai, en 1917.


Troisième secret de Fatima

Divulgué avec un certain goût de la mise en scène le 13 mai 2000 sur le site même de l'apparition, le célèbre " troisième secret de Fatima " est le dernier d'une série de prophéties dont le ton visionnaire et très politique a largement influencé l'action de Karol Woityla, le premier pape slave de l'histoire du Vatican. Et c'est peut-être même le second message, évoquant la conversion de la Russie, qui guide encore aujourd'hui le Saint-Père d'un pas fatigué vers l'Est, vers cette orthodoxie qu'il qualifie de " deuxième poumon de l'Église ", justement en mai.

" Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon cour immaculé. Sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties ", raconte cette bien curieuse prophétie, dont Franco s'est beaucoup inspiré, et qui a été largement interprétée au gré des époques comme un appel à combattre le communisme, par d'étranges officines religieuses comme les Fatima Crusiders ou encore la Blue Army of Fatima. Le père Ladis J. Cizik, vice-président de cette dernière, n'a d'ailleurs pas hésité dans son homélie du 13 septembre dernier à attribuer les attentats du World Trade Center à " l'Armée rouge de Satan ". Considérées avec circonspection par le Vatican, ces organisations " apostoliques " n'en sont pas moins tolérées. " Le pape Wojtyla est convaincu que les événements à l'Est sont liés à la prophétie de Fatima ", affirme le père Pavel Hnilica, un évêque d'origine slovaque qui, le lendemain de l'attentat du 13 mai, se précipite pour rappeler au pape convalescent les messages de Fatima. C'est à son initiative que tous les documents seront expédiés au Saint-Père, au deuxième étage de la clinique Gemelli où il est hospitalisé. Autre initiative du bien sulfureux père Hnilica : messager opportun et intermédiaire servile, il tenta en 1993 de racheter pour plusieurs millions de dollars, au mafieux Flavio Carboni, les documents compromettants contenus dans la mallette de Roberto Calvi, le malheureux banquier du Vatican retrouvé pendu en juin 1982 sous le Blackfriars Bridge, à Londres, alors que le nouveau pape slave tentait en vain d'assainir les finances de la sainte Église catholique. Ce n'est donc pas sans une certaine curiosité avide que les 700 journalistes venus de 40 pays se sont précipités pour la visite du pape en Bulgarie. Qui sait, cette fois peut-être, sur le sol de feu " l'Empire du mal ", il osera dire ce que Ali Agça lui a confessé dans sa cellule, alors qu'il était venu lui donner son pardon en décembre 1983.

Roumiana Vincenti
Samedi 23 Avril 2005
Roumiana


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