RESEAU D'INFORMATION EST-OUEST


L’EMBRASEMENT DES BALKANS



L’EMBRASEMENT DES BALKANS
Albanais de Macédoine, Turcs de Bulgarie, Hongrois de Voivodine, grecs slavophones, sans compter les valaques, karakatchans, gagaouzes, gypts, torbéchis et autres ethnies aux mélanges linguistiques et religieux détonants...Dans les Balkans, chacun a son Kossovo. Les cartes ethniques de la région sont un véritable casse-tête géopolitique, où depuis des sicles l’occupation principale consiste à nier l’existence même de son voisin. Ainsi, tout autour de la Yougoslavie en guerre, des dizaines de foyers explosifs n’attendent qu’une étincelle pour s’embraser et jeter dans le chaos la péninsule entière. Dans ce scénario d’apocalypse les premiers concernés sont les provinces de Voivodine et le Sandjak, dans l’enceinte même de la république Serbe. Majoritairement musulmans, à l’instar du Kossovo, les sandjakis avaient organisés dès 1991 un référendum clandestin et voté à 98,92% l’indépendance pour leur minuscule territoire, coincé entre les Serbes et les Monténégrins. Au Nord, le Voivodine qui compte une minorité hongroise de 400 000 personnes, n’a pas non plus manifesté une docilité exemplaire à l’égard des maîtres de Belgrade. Fin 1995, quinze associations politiques avaient signé une plate-forme pour l’autonomie totale de leur province. Inquiète pour sa minorité, alors qu’elle vient de rejoindre le 12 mars dernier l’Otan et donc le camp ennemi des serbes, la Hongrie n’a cessé depuis la chute du mur de Berlin de réclamé la Voivodine, qu’elle avait cédé auparavant à la Yougoslavie, un pays qui selon les Hongrois « n’existe plus ». Un pays aujourd’hui en guerre et qui mobilise, précisément dans les provinces de Voivodine et du Sandjak, en vue d’un éventuel affrontement terrestre avec les soldats de l’Alliance. Là encore, la politique du « nettoyage par le vider » est appliquée pour régler de potentielles tensions ethniques. Cette même politique qui vient de jeter sur les routes des dizaines de milliers de réfugiés kossovars, dont le flot déborde, au risque de submerger la Macédoine voisine et de rompre le fragile équilibre entre les communautés albanaise et macédonienne. Or, dans cette ex-république yougoslave, les affrontements inter-ethniques ont déjà fait, depuis le référendum d’indépendance en 1991, des dizaines de morts et des centaines de blessés. Au coeur des dissensions, le statut de la minorité albanaise , 23% de la population, qui réclame l’appellation de « peuple constitutif » au même titre que les Macédoniens. « Il n’en est pas question », répond le nouveau pouvoir dirigé par le VMRO, un parti national-démocrate qui se dit l’héritier de cette même Organisation Révolutionnaire intérieure macédonienne, qui au début du siècle s’est rendue célèbre par ses rapts et attentats terroristes dans sa lutte pour l’indépendance de la Macédoine. Aujourd’hui, le nombre croissant de réfugiés albanais du Kossovo fait craindre une nouvelle flambée d’intolérance ethnique. « Il y a un risque important de guerre balkanique, si les combats s’étendent au Kossovo et à la Macédoine. » avait mis en garde dès 1992, le président albanais d’alors, Sali Berisha. Il est vrai que la Macédoine, considérée de puis des siècles comme « la pomme de la discorde » entre ses voisins grecs, bulgares, albanais et serbes, a fait naître des conflits sanglants, dont les fratricides guerres balkaniques de 1913 et 1914. Car la Macédoine souffre en fait du même syndrome que l’Albanie, mais en pire. Son peuple et son territoire, dans sa dimension géographique, se trouve dans leur majeure partie en dehors de ses frontières actuelles, répartis entre la Grèce, la Bulgarie et l’Albanie. Jusqu’au nom même de Macédoine, qui lui est contesté par la Grèce, où se trouve 51% de ce véritable Kurdistan balkanique. Quant aux Bulgares, s’ils ont les premiers reconnus son indépendance et signé le 23 février dernier un traité d’entente mutuelle, ils considèrent toujours que ce peuple, s’il n’est pas bulgare, du moins est un frère de sans, qu’ils sont prêts à défendre coûte que coûte. « Je suis persuadé que la Bulgarie aura beaucoup de difficultés à préserver sa neutralité si une guerre civile éclatait en Macédoine. Des milliers de Bulgares s’y rendraient et personne ne pourra les arrêter, ni les empêcher de prendre les armes. Ici, en Bulgarie, il n’existe pas une famille qui ne soit liée à la Macédoine, par un berceau ou un tombeau. » Une déclaration sans équivoque faite par le leader de la branche bulgare du VMRO, Krassimir Karakatchanov, qui vient de transformer le 28 mars son organisation en parti politique, bien décidé à conquérir le pourvoir auquel il ne pardonne pas la reconnaissance tout fraîche de l’organisation séparatiste OMO-Illinden. Reconnaissance faite sur les conseils avisés d’émissaires américains, alors que OMO prône le rattachement de la Macédoine bulgare de Pirin à la république voisine. Coté grec, cette revendication est également soutenue par l’organisation locale macédonienne « Vino Jito », qu’Athènes, dans une perfidie toute byzantine, tolère depuis des années tout en refusant obstinément de reconnaître l’existence dans le pays d’une minorité macédonienne. Forte de 250 000 personnes, qui parlent un dialecte proche du bulgare, ils doivent se satisfaire de l’appellation « grecs slavophones » , sans avoir le droit d’étudier leur langue dans les écoles.
« De toutes parts, impétueuse, la guerre revient... Elle revient, car les traités de paix, là où il y avait le plus de dominés à libérer - sur les plaines de Danube et dans la péninsule balkanique - ont fait naître plus d’injustices et de désordres, qu’ils n’en ont éliminé », écrit le journaliste français Henri Pozzi, au terme de vingt ans d’enquêtes dans les Balkans....C’était en 1935!



Lundi 28 Mars 2005
Roumiana Ougartchinska


Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 15 Janvier 2010 - 17:01 Ali Agça, Bruguière et le rideau de fumée

Lundi 28 Mars 2005 - 00:00 BOSNIE : LE CHAUDRON DE L'ISLAM RADICAL