RESEAU D'INFORMATION EST-OUEST


Trafic diplomatique



L’employé du service consulaire français à Sofia avait-il craqué pour les beaux yeux d’une Bulgare, au point de s’embarquer dans une affaire de trafic de visas ? A en juger par la photo du couple enlacé, publiée en février dernier dans le journal local bulgare « Zname », le fonctionnaire français Rudy Demanges, n’était pas resté insensible aux charmes balkaniques de Pétia Boneva, secrétaire dans une « agence de voyages ». Mais de là à délivrer des visas à tour de bras, moyennant des pots de vin d’un montant de 200 deutsche marks, il y a un grand pas à franchir. C’est pourtant ce qu’avait révélé l’enquête d’un fonctionnaire de l’Immigration belge, effectuée du 3 octobre au 12 décembre 2000 dans la capitale bulgare. Selon son rapport, transmis au ministre de l’intérieur belge Antoine Duquesne, plusieurs représentations diplomatiques européennes s’étaient prises au jeu du marché noir de visas, dont notamment les consulats français, belge et allemand. Un véritable réseau qui impliquait 19 « agences de voyages » bulgares et qui, selon les instructions en cours en Belgique, n’était pas étranger aux structures mafieuses d’Europe de l’Est. Le centre belge pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, avait d’ailleurs dénoncé à plusieurs reprises ces pratiques, rappelant que le trafic de visas est l’un maillons importants de la traite des être humains, alors qu’on dénombrait en Europe occidentale environ 10 000 prostituées originaires de Bulgarie. Courant 2000, les policiers français avaient en effet interpellé régulièrement des filles de l’Est, munies de visas en bonne et due forme. Ces alertes, conjuguées aux informations transmises entre les chancelleries, ont fini par décider les autorités françaises à ouvrir une instruction judiciaire et à diligenter sur place des enquêteurs, qui ont mené interrogatoires et perquisitions avec l’aide de leurs collègues bulgares. Entre-temps, le chef du service de visas français, mis à l’index courant mars par les médias bulgares, avait plié bagages et abandonné sa belle à son triste sort. Cet été, c’est l’ambassadeur en personne, Dominique Chassard, qui a dû précipiter son retour au pays. Quant au 30 à 50 millions de dollars générés par ce juteux trafic de la diplomatie européenne, ils se seraient déjà envolés, sans laisser d’adresse.

Roumiana Ougartchinska
Mercredi 2 Avril 2003
Roumiana Ougartchinska


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