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Attentat contre Jean Paul II: 'laisser-faire' du renseignement occidental, selon une enquête



Attentat contre Jean Paul II: 'laisser-faire' du renseignement occidental, selon une enquête
AFP | 12-05-07


Il y a 26 ans, le 13 mai 1981, le pape échappait à un assassinat longtemps attribué à une "filière bulgare", une thèse remise en cause par le récent ouvrage d'une criminologue qui dénonce "un laisser faire" du renseignement occidental.
Dans ce livre, "La vérité sur l'attentat contre Jean Paul II" paru aux Presses de la Renaissance et objet d'un documentaire que Canal+ diffusera le 13 juin dans "Lundi investigation", l'auteur, Roumiana Ougartchinska, ne fournit pas de réponse sur le commanditaire de l'attentat, commis par un jeune extrémiste de droite turc, Mehmet Ali Agca.

"J'ai essayé surtout de remonter la trace des complicités dont avait bénéficié Ali Agca, ce sur quoi la justice a largement fait l'impasse", explique à l'AFP Mme Ougartchinska, Française d'origine bulgare, chargée de criminologie à l'université Paris II.

Elle dit avoir en particulier retracé "la logistique, les complicités, les déplacements avant l'attentat et sa préparation" mais aussi les voyages d'Ali Agca après son évasion d'une prison turque en 1979 : en Italie longtemps, Autriche, Allemagne, Suisse, Bulgarie, Iran "avec le soutien des Loups Gris", organisation turque d'extrême droite devenue mafieuse.

Recoupant témoignages, archives et documents inédits, en partie reproduits dans son ouvrage, la chercheuse affirme que les Loups Gris "sont derrière la logistique de cet attentat".

"Il y a eu un laisser-faire" des services occidentaux, affirme Mme Ougartchinska, car, selon elle, pendant la guerre froide, ces farouches anti-communistes étaient protégés par un militaire très influent en Turquie -membre de l'Otan-, le colonel Alparslan Turkès, lié à la CIA.

Ils "ont été utilisés par des éléments proches de la CIA et certains réseaux de l'Otan" de l'organisation armée Stay Behind, dit-elle.

Stay Behind, créée après la Seconde guerre mondiale et surtout gérée par les Américains bien que "sous le parapluie de l'Otan", devait combattre en Europe de l'ouest une éventuelle invasion soviétique.

Pour elle, "les services de renseignement occidentaux ont ensuite organisé une opération de désinformation magistrale avec la piste bulgare", qu'elle écarte.

En 1986, un tribunal italien a relâché "pour insuffisance de preuves" le principal suspect bulgare, Sergueï Antonov, un ancien responsable de la compagnie aérienne bulgare Balkan, après trois années de détention.

Au début des années 90 en Bulgarie désoviétisée, une commission d'enquête n'a pu prouver l'implication de Sofia dans l'attentat contre le pape polonais, dont le pays avait été le premier derrière le rideau de fer à se doter d'un syndicat indépendant, Solidarité, écrasé ensuite en décembre 1981 par la loi martiale.

Aucune révélation n'a émané de Moscou après la chute du communisme, mais les anciens du KGB sont toujours en poste.

Condamné à la perpétuité dont 16 années incompressibles, Ali Agca reçoit en décembre 1983 la visite de Jean Paul II dans sa prison romaine. Gracié et extradé en Turquie en 2000, il restera détenu jusqu'en 2010 pour le meurtre en 1979 d'un journaliste et deux braquages.


Dimanche 13 Mai 2007
Roumiana Ougartchinska


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